Smileys

Voici toute une série de smileys pour illustrer vos comms ! ;-)

Il vous suffit de copier le code correspondant au smiley que vous avez choisi, et le l'écrire tel quel dans votre comm, avec le signe : juste avant et juste après. Ex : :0000:

A vous !

 

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Il a mis plus longtemps que prévu à être écrit car ça n'a pas été un chapitre très facile à revivre... Je réalise avec étonnement que l'amertume est toujours là (et pourtant, ça fait, pffffiou, plus de 10 ans déjà...)...
Sur une note plus drôle,
sachez que je vous fais grâce des chapitres "Profette et les Nausées du Matin" ou "Profette, la Vessie Pleine et le Cours de Deux Heures"... Mais il serait bien que vous gardiez en tête les inconvénients d'une grossesse en toile de fond des aventures prof-éthiques (ah ah) de Profette ...

 

Bref... Reprenons...

 

Chapitre 11

Comment avait-elle pu penser qu'elle serait une bonne prof ? C'était une catastrophe. Elle était une catastrophe.

Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir des cours comme Sainte Tutrice et l'IUFM les décrivaient, et elle avait constamment l'impression de devoir jongler avec les préparations de cours, ses journées à l'IUFM, les corrections des copies et les diverses corvées administratives, les yeux constamment fixés sur ces balles en mouvement en sachant pertinemment que l'une d'entre elles allait tomber et que toutes les autres suivraient. Ou de marcher sur une corde raide, séparant d'un côté la prof et la stagiaire, et que l'équilibre entre les deux était de plus en plus difficile à maintenir et qu'elle effectuait de plus en plus de grands mouvements déstabilisants entre l'un et l'autre.

Et bien sûr, un jour, elle finit par tomber...


C'était sa "première visite d'inspection". Celle où l'IPR ou un membre assermenté de la confrérie iufmesque vient pour conseiller le stagiaire en vue de la visite de validation, bref une "petite" visite préparatrice. Mais il faut bien sûr monter tout un dossier présentant la classe, une séquence "béton" et une séance où le "rituel" de classe fonctionne parfaitement. Et la classe qui a été choisie, c'est l' "Aquarium", la fameuse classe silencieuse de Profette, celle où elle alterne entre la colère, l'impuissance, la compassion et le découragement...

Petit flashback sur ladite classe : après le premier cours affolant, vinrent les cours suivants, atroces. L'ennemi de Profette, le silence, est toujours là, et il a été rejoint par un complice cruel et dévastateur, le blanc sur la page.

Lorsque Profette a préparé son premier devoir avec la classe, elle a volontairement fait un devoir plutôt "facile", avec des questions simples de compréhension, elle a donné tous les outils en classe pour le réussir et a même fait une séance de révision juste avant. Elle est donc confiante lorsqu'elle s'installe pour corriger son paquet de copies. Rien ne l'a préparée à ce qu'elle va y trouver. D'abord, il y a des copies blanches. Des copies entièrement blanches. Les élèves n'ont même pas coché une case pour les questions à choix multiples. Et lorsque la copie n'est pas blanche, elle obtient des phrases comme : "there is an unaccustomed in the tonight". Ce qui donne quelque chose comme "il y a un inaccoutumé dans le ce soir".

Profette est horrifiée Elle avait bien vu que le manque de participation à l'oral n'était pas le fruit d'une hostilité marquée, mais elle n'avait pas vraiment considéré la possibilité que les élèves ne parlaient pas tout simplement parce qu'ils ne savaient rien dire... On était en première, quand même, là...

Profette contemple, effondrée, ces copies infamantes.  Ses copies. Car le ratage des élèves est aussi le sien.

Pendant tout un week-end, Profette va agoniser sur la suite à donner à son premier devoir. Si elle l'annule, elle perd la face, elle perd de la crédibilité en tant qu'enseignante... Déjà qu'elle a l'impression quelle n'en a pas beaucoup, avec cette classe... D'un autre côté, elle ne peut pas rendre ce devoir tel quel et faire comme si de rien n'était. La moyenne de la classe est de 5 et elle a 4 zéro. C'est un échec cuisant pour elle, mais surtout pour les élèves.

Et c'est là qu'elle a le déclic. Il ne s'agit pas que d'elle.

Que peut-il bien se passer dans la tête d'un élève qui a abandonné la bataille à ce point, qui baisse les bras comme cela ? Profette ne peut pas leur infliger cet échec supplémentaire. Elle essaie de reconsidérer son cours en en changeant la perspective. Elle n'est plus la prof, elle est l'élève. Elle est une élève qui a connu plusieurs difficultés dans sa scolarité et qui n'a plus forcément envie de faire d'efforts, qui se considère comme nulle, qui a peur du regard des autres élèves, qu'elle sent souvent hostiles à son égard, qu'elle craint sarcastiques. L'anglais : à quoi bon ? Les études : pour aller où ?

D'un coup, les regards vides s'expliquent, l'attitude "en dedans" aussi, et Profette trouve la première clef à un enseignement motivant et réussi. La clef, c'est de considérer les cours des deux perspectives : celle de l'enseignant, certes, mais aussi, en égale mesure, celle de l'élève. L'élève, au singulier. Et c'est cela la deuxième clef que Profette va rajouter à son trousseau, la personnalisation des cours. En effet, Benoît n'a pas les mêmes besoins en langue, ni les mêmes réactions que Fouzia. Si un tronc commun est nécessaire, les objectifs individuels le sont aussi. C'est d'ailleurs cela qui sauvera Profette dans sa rencontre avec les Monstres (lire "Profette et les Têtes à Claques", à paraître).

Profette sent qu'elle a découvert quelque chose d'important, avec cette théorie, que cela peut tout changer avec sa classe. L'inconvénient, c'est qu'elle a perdu beaucoup de temps à comprendre cela, et que du coup, faire machine arrière et changer ses façons de faire et les habitudes des élèves, va s'avérer très laborieux. Pour une fois, les avis des formateurs IUFM sur l'importance des premiers cours vont s'avérer fondés : c'est au début de l'année que l'on peut instaurer une dynamique de classe, il est très très difficile de changer cette dynamique en cours d'année. Et donc, les "nouveautés" mises en places par Profette à la suite du Devoir Raté vont être accueillies avec une méfiance et un recul qu'elle aura beaucoup de mal à vaincre. En tout cas, lorsqu'elle prépare sa visite d'inspection, c'est avec un cœur lourd et l'impression d'aller à l'abattoir. Certes, les "objectifs personnalisés" qu'elle a mis en place avec ses élèves commencent à porter leurs fruits. Anitra a peut-être eu un 3/15 à son devoir, mais un 5/5 à ses objectifs, ce qui porte sa note à 8/20 et elle dira à Ste Tutrice, qu'elle a en remédiation, qu'elle est sacrément fière d'avoir tenu ses objectifs. Ste Tutrice est bien obligée de reconnaître que l'élève se met enfin au travail, donc de là à penser qu'il y a peut-être un lien avec les idées saugrenues de sa stagiaire... De même, maintenant Profette n'a plus de copies blanches, chacun essaie de faire son maximum pour ne pas laisser de questions sans réponses. Les notes ne volent toujours pas haut, mais elle ne met plus de zéro.

Mais le silence, elle n'a toujours pas réussi à le combattre et les cours semblent s'enliser dans un monologue sans fin dont elle ressort à chaque fois complètement abattue. Mais elle s'acharne, elle propose des mini-sondages sur les activités qui plaisent aux élèves, elle ajoute de petits "interludes" oraux sur les sujets qui leur tiennent à cœur et la parole semble parfois se débloquer, même si très vite le recours au français vient gâcher les efforts. En tout cas, elle essaie vraiment, avec l'énergie du désespoir, de sortir de ce schéma de l'aquarium, mais en vain...
La visite arrive et c'est avec un cœur lourd que Profette pousse la porte de sa salle de classe, pour y affronter l'habituel silence des élèves et les regards inquisiteurs de deux profs aguerries. Et ce n'est pas le contenu de son cours qui va la rassurer... Il a été élaboré sous l'égide de Ste Tutrice et Profette se sent très mal à l'aise de devoir assurer un cours qui ne lui correspond pas.


Elle lève les yeux vers ses élèves, bravement, et commence son chemin de croix. Et c'est là que le miracle s'accomplit. Les élèves parlent. Tous. Ils lèvent la main, font des efforts désespérés pour formuler des phrases à peu près cohérentes, se battent courageusement (parfois vainement) contre la grammaire anglaise et elle lit dans leurs yeux une solidarité totale avec elle.


Profondément émue, Profette fait son premier vrai "cours" avec cette classe. Elle est fière d'eux, fière de leurs efforts. Le courant passe entre elle et eux, un vrai travail d'équipe. Certes, ce n'est pas parfait, certains veulent tellement participer qu'ils ne prennent pas le temps de réfléchir à leurs phrases et leurs réponses sont souvent fausses. Mais ce n'est pas grave, les progrès sont énormes de toute façon.

A la fin du cours, Profette a la sentiment du devoir accompli. Les élèves quittent la salle un à un en lui adressant un sourire d'encouragement et de connivence. Ils ont la tête haute, ils sont fiers d'eux, c'est la première fois qu'elle les voit comme cela. Cela lui réchauffe le cœur. Elle se retourne vers la visiteuse de l'IUFM et sa tutrice, confiante, radieuse. Elle se retrouve face à deux visages soucieux, à la mine atterrée...

"Bon, nous allons procéder à l'entretien", soupire la formatrice. Inquiète, Profette s'assoit face aux deux femmes. En quelques secondes, sans même s'en rendre vraiment compte, elle passe de l'autre côté de la barrière : de prof, elle devient élève. Une élève qui va manifestement devoir rendre des comptes, pas être encouragée à progresser. Une élève immédiatement mise en accusation.

"Alors, en vue d'ensemble, nous dirons que le gros souci qui vous concerne, c'est votre total manque de maîtrise des outils pédagogiques..." Le ton est lancé, l' "entretien" va se poursuivre pendant 30 mn, pendant lesquelles la formatrice va systématiquement pointer du doigt les défauts de Profette. Des défauts que Profette ne se connaissait pas, des défauts qui ne lui paraissaient pas si graves, des défauts qu'elle croyait pardonnables car dûs à son inexpérimentation, etc... En tout cas, elle ne s'attendait pas à ce déluge de critiques et, perdue, elle adresse un regard affolé à sa tutrice, cherchant son aide. D'autant que la visiteuse s'est lancée dans une critique du contenu du cours, or ce contenu est directement imputable à Ste Tutrice. Mais Ste Tutrice est bien trop occupée à opiner de la tête, s'alignant symbiotiquement avec la formatrice. Courageusement, Profette essaie d'expliquer le profil de la classe, et, à nouveau, elle quémande du regard le soutien de sa tutrice. Celle-ci, qui commence à être embarrassée de la critique assassine de Profette, tente de confirmer les efforts des élèves et les progrès de la classe. "Ah mais je reconnais bien volontiers qu'il y a un bon climat entre vous et vos élèves, c'est même la seule chose que vous ayez réussi à démontrer aujourd'hui, Mademoiselle. Mais le contenu de votre cours est par trop insuffisant. Où sont vos objectifs, où est l'interaction entre les élèves, le "classroom English" ? Vos élèves ne sont même pas capables d'aligner deux phrases correctes en anglais", ajoute-t-elle dédaigneusement...


Sonnée...

Profette est sonnée après cette visite.

Elle ne sait plus du tout où elle en est. Comment son intuition et le regard de la formatrice peuvent-ils différer à ce point ? Comment faire pour arriver à ce que l'on attend d'elle ? Car, ne nous leurrons pas, aucun conseil pratique n'est venu étayer l'entretien... C'est bien joli de critiquer, mais finalement, rien de concret ne ressort de cette visite, rien n'est mis en place pour l'aider, la pauvre stagiaire en péril...
Petit à petit d'ailleurs, la colère, salvatrice, envahit Profette.

Elle va grossir, s'enfler, et c'est grâce à elle que Profette va trouver sa voie... Dans la rebellion.


A suivre...

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Vendredi 23 mai 2008
publié dans : Récit
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Je vous l'avais promis, le voilà. Il n'est pas très long, mais j'ai beau y revenir dessus, c'est comme ça que je le vois.

J'espère que ça ne vous barbera pas trop, les histoires sentimentales de Profette. :-p

Promis, le prochain chapitre reparlera des élèves, notamment de la classe-aquarium. :-)

---


Mais avant de pouvoir se consacrer pleinement à ses élèves, Profette va devoir faire face à un autre problème.

Et de taille.

Elle est amoureuse.


Ah, vous vous dites, mais ça n'est pas un problème, ça.
Eh bien si.
Quand on est fonctionnaire de l'Education Nationale, ça en pose un.
Parce que l'Education Nationale, disons-le clairement, se fout de votre vie sentimentale comme d'une guigne.

Et alors, lorsque vous êtes amoureuse mais PAS mariée, je ne vous dis même pas...


Or, nous nous trouvons là vers la fin du premier trimestre et Profette découvre cette chose à laquelle elle n'avait pas jusque là prêté grande attention : la Mutation.

Parce que pour ceux qui l'ignorent, seule la première année d'enseignement se passe dans l'Académie où le prof a passé son concours. Ensuite, c'est comme un grand jeu de chaises musicales, sauf qu'on aurait les yeux bandés et qu'on jouerait au bord d'un précipice pour que ce soit plus drôle...

Profette plonge donc dans les arcanes de ce jeu de rôle, d'autant plus terrifiant que les règles changent après l'inscription au jeu et qu'on ne peut pas faire demi-tour.


Tout d'abord, elle décide de prendre conseil auprès des "Engagés". Les Engagés se veulent les garants du respect des règles, mais Profette découvre vite qu'en fait ils sont aussi perdus qu'elle. Comme il y a plusieurs Engagés, appartenant à des tribus différentes (eh oui, on peut choisir sa tribu, avant de commencer le jeu... On peut même prendre le risque de ne PAS avoir de tribu et de jouer tout seul... Mais ce n'est pas très conseillé, surtout pour une première partie...), Profette les teste tous. Et s'aperçoit que si elle n'obtient pas forcément de nouvelles armes ou de nouveaux pouvoirs en fonction de la tribu, en revanche on lui conseille des stratégies de combat radicalement différentes les unes des autres : surtout, surtout ne pas mettre de vœu trop précis, diront les uns. "Comment voulez-vous obtenir vos vœux si vous ne les précisez pas ?", diront  les autres.

Premier bilan : les Engagés sont peut-être moins néophytes que Profette mais ils avouent bien volontiers qu'elle va devoir jouer sans filet et qu'ils ne peuvent lui assurer la victoire.


Elle se tourne donc du côté des Habitués. Ceux qui ont fait plein de parties, pas parce qu'ils étaient accros, mais parce qu'ils ont perdu à chaque fois. Et qu'ils espèrent gagner un jour, oh pas le jackpot, ni même le droit de figurer dans le top 100 des meilleurs joueurs, non, juste la possibilité de jouer de chez eux. Là aussi, il y a beaucoup de conseils mais au final, même constatation : un néo-tit (c'est à dire un néo-titulaire, quelqu'un qui vient de faire sa première année en tant que professeur-stagiaire) va automatiquement se voir attribuer les académies déficitaires, avec, notamment, le binôme maudit Versailles-Créteil.

Le 9-3.

Profette ne connaît pas le 9-3. Mais vu la manière dont on lui en a systématiquement parlé, elle SAIT qu'elle ne veut pas y aller. NonNonNonNonNon.


Seulement voilà, les néo-tits étant tout en bas de l'échelle, le seul moyen de sauter un ou deux barreaux, c'est... le mariage. Un mariage rajoute, aux maigres 21 points avec lesquels démarrent tous  les néo-tits, la coquette "somme" de 90 points supplémentaires...

Vous l'aurez compris, c'est un véritable jackpot.

Une planche de salut.
Alors quand en plus, on arrive à un stade de sa vie, où l'on se sent prêt à sauter le pas, on le franchit tout joyeusement en songeant avec soulagement aux 90 points qui vont tomber dans son escarcelle.
Oui. Mais.


PetitcopaindeProfette n'est pas du tout pressé de se marier.

Il n'a pas trop intégré le concept de la mutation, lui.

Il a un job bien stable et n'est pas sur le point d'être parachuté dans l'académie de tous les dangers. Lui.

Et puis ben, le mariage, déjà, il est pas forcément pour, à la base. Alors.

Bref, le mariage de Profette, c'est pas encore à l'ordre du jour (c'est prévu vers le chapitre 156 je crois).


Profette vit évidemment tout ça très bien.



<_<


Après avoir résisté à quelques passagères pulsions déprimatoires et/ou violentesques, elle conçoit le plan B.


Car il s'avère que notre Profette ayant un peu l'âme d'un globe-trotter, elle a déjà vécu un an en Angleterre, un an au Canada et un an en Corée du Sud, et ce, depuis ses 18 ans. Et qu'elle a adoré cette expérience, cette aventure qu'est la vie à l'étranger. Ceux qui l'ont vécu  comprendront cette nostalgie de l'ailleurs, ce goût pour le différent et l'imprévu, cette saveur particulière de la vie lorsque routine et quotidien ne sont plus que des concepts qui ont cessé de s'y appliquer.

Alors Profette pense de plus en plus à inscrire "La Réunion" sur sa feuille de mutation. Quitte à quitter Petitcopain, autant que ce soit pour un coin de France plus exotique et dépaysant que La Plaine-Saint Denis. D'autant qu'elle est quasiment sûre de l'obtenir, cette mutation à la Réunion.

Il reste quelques jours à peine avant la date de clôture des inscriptions et Profette n'en peut plus. Elle doit prendre une décision.


C'est alors que Petitcopain, qui décidemment, surprendra toujours Profette, propose un autre engagement, encore plus ferme que le mariage, du moins à leurs yeux à tous les deux.





Un bébé.




Là, il faut reconnaître, Profette est prise de court.

Elle ne s'était pas encore projetée à cette étape-là...

Et puis faire un enfant, faire un enfant, c'est bien joli, mais bon, ça met 9 mois à arriver, un enfant... SI encore il arrive tout de suite... Et rien n'est moins sûr.


Quoiqu'il en soit, il semblerait que la vie sentimentale de Profette connaisse un nouvel essor et c'est forte de ces engagements qu'elle remplit sa feuille de mutation sans y mentionner de Réunion ou autres Guadeloupe.


Et lorsque le résultat tombera, d'une mutation dans l'académie d'Evreux (Evreux ? c'est où ??????????????), Profette l'accueillera sans sourciller.





Elle a bien autre chose à penser.

Elle est enceinte. :-)))))))))))))))))))))))))))))))))))

 

 

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Jeudi 20 mars 2008
publié dans : Récit
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Eh bien voilà, j'ai fini... Je l'aurais bien mis hier soir, mais je n'arrivais pas à me connecter... (bon en fait, j'avais désactivé la recherche wifi pour économiser la batterie et je n'ai pas pensé à la remettre, il est où le smiley tout confus ???)

Enfin, voilà, je viens de faire les ultimes révisions et de valider.
Et comme toujours, j'ai une grosse boule dans la gorge en attendant vos réactions...


---

Ils avaient l'air vieux.
Enfin... ils paraissaient nettement plus âgés que les secondes. Et pourtant, sur le papier, seule une année les en séparaient.
Mais lorsqu'elle était rentrée dans la classe, Profette avait été frappée par la différence d'âge avec ses "petits secondes". Cela se voyait dans leur look vestimentaire, plus marqué, qu'il soit tendance grunge, gothique, cité, sexy ou banal. Cela se manifestait dans l'expression de leurs visages, dans l'air plus blasé qu'ils affichaient. Cela se lisait dans leurs regards, moins confiants, presque désabusés.
Les élèves de STG, Profette allait le découvrir, sont en fait souvent (pas toujours, mais souvent) les enfants de l'échec scolaire. Ceux qui n'ont pas quitté le système au collège parce qu'il leur fallait avoir un bac, que ce soit par pression familiale ou sociale, ou parce que le métier dans lequel ils se voyaient le leur imposait. Mais une fois entrée en seconde, ils s'étaient effondrés, parce que leur niveau de connaissances était trop fragile pour se mesurer à la lourde machine lycéenne, ou parce qu'ils n'en avaient pas l'énergie, ou encore parce que leur situation familiale ne leur permettait pas de s'impliquer avec sérénité (mais la sérénité existe-t-elle chez un jeune de 16-17 ans ?) dans leurs études. Alors, on les avait aiguillés sur des pistes "différentes" des séries générales. Bien sûr, il y a toujours des élèves de STG qui ont choisi cette classe et qui y sont bien. Mais pour quelques uns de bien orientés, combien ont échoué là en pis-aller ?
Or, cela, Profette ne le savait pas en rentrant dans la classe. C'était quelque chose dont elle avait vaguement entendu parler, mais ça n'était pas une réalité pour elle.
En quelques minutes, cela allait le devenir.
Et comme souvent, quand la réalité se rappelle à vous, elle le fait assez durement.

Profette commence son cours façon Sainte Tutrice. Elle a bien compris qu'il fallait structurer son enseignement, avec des phases comme la réactivation, le rebrassage, la prise de parole en continu.
Mais il y a un problème.
Et ce problème, ce sont les élèves.
Eux, ils ne veulent pas du tout de réactivation et de rebrassage. Ils se fichent éperdument des cadres laborieusement mis en place par Profette et Sainte Tutrice.
Lors de ce cours, Profette rencontre un ennemi auquel elle ne s'attendait pas.
Implacable.
Impitoyable.
Et apparemment invincible.
Le Silence.



Profette fait cours dans un silence de plomb.




Elle a beau tenter tout ce qu'elle peut pour amener ses élèves à lui parler, elle a beau se démener, là-bas sur son estrade ou dans les rangs, elle a beau s'escrimer à reformuler ses questions, à sourire vaillamment à son auditoire, ils ne lui diront rien. Rien.

C'est un cauchemar pour Profette.
Elle se sent terriblement mal à l'aise.
Et le pire, c'est qu'il ne s'agit même pas d'une hostilité déclarée, d'une déclaration de guerre. Cela témoignerait finalement d'une certaine communication, même négative.
Non, là, elle le voit à leur air un peu gêné devant ses multiples tentatives, ou à leur regard vide : ils n'ont pas envie de parler. Ou bien quelque chose les en empêche. Ou ils ne comprennent rien.
Alors, désespérée, à cours d'idée, elle fait quelque chose d'interdit, de tabou. Elle sait qu'elle prend un chemin dont il lui sera extrêmement difficile de sortir, qu'elle va recourir à une solution qui ne va pas aider les élèves à progresser réellement en anglais.
Elle parle en français.

A partir de là, ce sera la fuite en avant. Si le "cours" se poursuit dans de meilleures conditions, avec, au moins, quelques instants où le silence est brisé par autre chose que les paroles de Profette, il n'en reste pas moins qu'il s'étiole, interminable.
Les élèves s'ennuient, c'est évident, et elle ne sait pas comment faire pour éviter cela.
Et ce scénario se reproduira lors des cours suivants, quasiment immuable, à son grand désespoir.
Au point qu'un jour Sainte Tutrice, ayant assisté à la débâcle au fond de la salle, lâchera, compatissante : "eh bien dis donc, on dirait que tu fais cours à un aquarium." Et à la question de Profette de savoir comment elle peut faire pour changer cet état des faits, un hochement d'épaules et une phrase condamnant ses élèves à rester dans leur bocal sera tout ce qu'elle recevra.

Il y a pire.
Profette s'échine vraiment à réussir ses cours, elle va tenter de multiples approches : le jeu, l'énigme, les objectifs revus à la baisse? Elle a un peu l'impression de faire des progrès. Qu'ils font des progrès.
Et puis arrive le premier devoir.
Elle a bien préparé les élèves, leur a dit ce qu'ils trouveraient dedans, leur a fait un cours de révision juste avant.
Mais lorsqu'elle découvre les copies, elle s'effondre.
Dans le lot, il y a des copies blanches. Beaucoup.
Des copies où les élèves ont essayé de répondre mais ont tout faux. Tout.

Et là, Profette se sent perdue.
Que faire ?
Elle ne peut pas leur rendre leurs notes telles quelles. La moyenne de la classe est de 6. 6 !!! Avec presque une dizaine de copies ayant zéro. Niveau moral et scolaire, ce serait irrécupérable.
D'un autre côté, elle ne peut pas, purement et simplement annuler ce devoir. Après tout, il y en a qui l'ont réussi, ce ne serait pas juste pour eux. Car quelques élèves, ont, eux, eu d'excellentes notes, à tel point que le devoir paraît même trop facile pour eux.

Profette passe le week-end à se remettre en question.
Et c'est salutaire.
Car elle va réussir à trouver la clef.
La clef qui va transformer, imperceptiblement au départ, mais spectaculairement au final, ses rapports avec sa classe.
La clef qui va permettre à Fouzia, Antoine, Bénédicte, Malika, d'enfin s'approprier des connaissances en anglais et de faire que jamais, jamais, Profette n'oubliera leurs visages.


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ajouter un commentaire commentaires (26)    par profette
Samedi 9 février 2008
publié dans : Récit
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Article prépublié

    Apparemment, Miss Revêche avait réussi à échapper à la corvée du tutorat, corvée qui avait dû lui paraître encore plus pénible depuis sa rencontre avec Profette. Elle avait donc argué d'une santé fragile, ce qui s'avèrerait finalement prémonitoire, comme elle partirait en congé longue maladie en milieu d'année. Ce serait le premier cas de prof usé par son métier que Profette connaîtrait. Ce ne serait pas le dernier.
 
En attendant, elle se retrouvait donc avec une nouvelle tutrice. Elle n'en était pas mécontente, évidemment, vu le peu de sympathie qu'elle a avait éprouvé pour la première. Et puis, ce qu'elle avait entraperçu de cette personne jusque là lui avait paru très sympathique : un visage souriant, un air très jeune, presque enfantin, une voix douce. Et au téléphone, elle avait exprimé le souhait de rencontrer Profette avant son deuxième cours, ce qui était, déjà, un peu plus "professionnel" comme démarche. Voilà donc notre Profette toute joyeuse et pleine d'espoir qui se présente au lycée une demi-journée avant le début de ses cours pour rencontrer sa nouvelle tutrice. Certes, leurs emplois du temps respectifs ne coïncident pas trop, ce sera un peu la galère pour arriver à se rencontrer et assister aux cours l'une de l'autre, mais bon, Profette se dit qu'elle fera des efforts, après tout, c'est déjà bien qu'il y ait eu une personne qui accepte de prendre la relève après le désistement de Miss Revêche.
Lors des premiers échanges, Profette apprend que Sainte Tutrice – surnommons-la ainsi, tiens – a déjà eu la charge d'une stagiaire, les deux années précédentes, et que c'était pour souffler un peu qu'elle avait demandé à être déchargée cette année. Mais bon, au vu de ce qui s'était passé, elle ne pouvait pas faire autrement que de se proposer, bien sûr, elle n'allait pas laisser Profette toute seule – sourire entendu et compatissant. Elle demande, gentiment, comment s'est passé le premier cours de Profette. Profette s'enthousiasme, raconte, revit ce moment heureux. Dans les yeux de Sainte Tutrice, une hésitation, et puis une question, l'air mi-dubitatif, mi-compréhensif : "Oui, mais que leur as-tu donné comme savoir ?" Profette referme la bouche. Elle avale sa salive. "Ben, c'était le premier cours, je voulais juste créer un lien avec eux…" Sourire gentil en face. "Tu sais, il faut utiliser chaque cours pour leur permettre de bâtir leur apprentissage, pour leur donner les outils nécessaires à leur appropriation de la langue. Quelle est la trace écrite qu'ils ont eue, l'as-tu notée ?"… "Euh non", bafouille Profette, décontenancée. De sa voix douce, Sainte Tutrice explique à Profette tout ce qu'elle aurait dû faire en ce premier cours. Elle sort son cahier, où tout est clairement et proprement consigné. Et là, Profette se sent très mal. Ca ne correspond pas du tout, mais alors pas du tout, à sa vision d'un cours. Et pourtant, ça a l'air tellement exemplaire, tout ça, sur le papier. Elle lit des mots comme "Rebrassage du cours précédent, réactivation de l'acquis machin, PRL", le tout s'enchaînant parfaitement, les "objectifs langagiers" apparaissant très visiblement pour chaque cours. Mais cela fait un peu, comment dire ?… Un peu "mécanique"… Où est l'humain, là-dedans, où sont les personnalités des élèves, où est la relation avec le prof ? D'un autre côté, Profette ne peut que reconnaître que son cours à elle, ainsi que celui qu'elle a prévu ensuite, eh bien, il n'apprend pas grand chose aux élèves. En tout cas, il n'y a aucun point grammatical ou de champs lexical particulier de prévu… Tous sourires et compatissante, Sainte Tutrice reprend : "ce n'est pas grave, tu sais, je suis là pour t'apprendre, c'est normal que tu n'aies pas encore développé des réflexes d'enseignant à part entière". Et, laborieusement, le deuxième cours de Profette s'élabore sous les conseils avisés de sa tutrice. Laborieusement, car Profette peine à "penser" de la même façon que sa tutrice. Elle voudrait partir sur un thème, en faire le tour avec les élèves, ce qui les amèneraient à un autre thème… Et au passage, on glisserait un peu de lexique, de grammaire, on parlerait la langue… "Mais crois-tu que ce serait structurant pour l'élève ?", reprend la voix douce et pleine de bonnes intentions. Profette se sent frustrée et mal à l'aise, sans en comprendre vraiment la raison. Ce n'est que plus tard, bien plus tard, qu'elle comprendra les causes de son malaise devant la pédagogie de Sainte Tutrice. Et il sera alors presque trop tard pour redresser la barre.
 
En attendant, elle va à son premiers cours avec les Première en traînant les pieds, bien loin de son pas vif habituel.
Et en poussant la porte de la classe, elle ne ressent pas cet élan dynamisant, cette confiance en elle qu'elle avait ressenti avec les Seconde. Peut-être aurait-elle échoué avec cette classe quand même, mais toute sa vie, elle sera convaincue que c'était parce qu'elle n'y croyait pas, parce qu'elle ne se sentait pas en confiance avec le format élaboré avec sa tutrice, que le premier cours et les suivants s'avérèrent si catastrophiques.
 
         En rentrant dans sa salle de classe, en croisant le regard des élèves de Première STG pour la première fois, Profette ne se doutait pas qu'elle allait vivre l'un des échecs les plus cuisants de sa carrière. Mais l'un des plus formateurs aussi.

Edit du 30/08 : Oups, sorry, j'ai rajouté l'option "commentaires", que j'avais désactivée par erreur hier ...
 
ajouter un commentaire commentaires (7)    par profette
Jeudi 30 août 2007
publié dans : Récit
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