C'était l'année dernière.
C'était la rentrée.
Je me souviens, je pouvais sentir le souffle chaud du vent et la caresse du soleil, entendre le clapotis de la mer et le bruissement des
palmiers.
Je rentrais dans la salle des profs et j'y trouvais THE collègue. Vous savez, celui à l'air nonchalamment sarcastique, qui vous
fait rire en vous racontant les déboires de sa classe mais dont vous percevez l'affection pour ses élèves. Et l'amour de son métier.
Il a un don. Celui de vous faire vivre ses aventures. Il sait d'un mot vous mettre dans la situation, le langage coule, fluide, et mine
de rien, vous voilà embarqués dans sa vie, dans ses amours... Dans ses emmerdes, comme dirait Aznavour.
Le hic, c'est que petit à petit ce collègue a déserté la salle des profs. Et si au départ, prise dans mon tourbillon frénétique, je n'ai
pas vraiment réalisé qu'il se préparait à partir, très vite son absence s'est fait ressentir. Jusqu'à ce jour où, à mon arrivée dans la salle des profs, j'ai vu que la salle tout entière
avait disparu.
Certes, sans lui, de toute façon, elle était déjà bien mélancolique. Mais de ne plus se retrouver, avec les "collègues", pour évoquer son souvenir, pour lui écrire des messages de soutien, des
plaidoyers pour son retour, des taquineries pour le faire réagir, ce fut douloureux.
Mais je n'étais pas la seule à avoir ressenti ce vide. Et un jour, la plus fidèle d'entre nous a eu l'idée de réunir une partie de ceux
qui regrettent son départ et qui souhaitent avoir le plaisir de le relire.
L'opération, lancée par Michèle, s'appelle "Myster et Boule de Gomme"... Ceux qui me lisent depuis longtemps comprendront donc que je
parlais de mon Mysterounet et de sa Salle des Profs virtuelle.
Voilà donc la mission qui nous a été assignée :
Vous avez connu L.Myster. Il a disparu depuis trois mois maintenant. Votre mission, si vous l'acceptez, sera de composer un
portrait de L.Myster afin que nos services puissent le retrouver.
Deux possibilités s'offrent à vous :
1) Après être entré des dizaines ou des centaines de fois dans la "Salle des profs", sans jamais avoir vu une seule image
de "Myster", pourriez-vous le décrire à partir de vos souvenirs ? Toutes les formes sont acceptées: prose, haïku, chanson, montage photographique, dessin...
2) Texte à contrainte : Composer une histoire de préférence humoristique et tendre à l'image de son inspirateur en y
incluant les mots: Gauguin, bleu, requin,
pupitre, galettes, ciré, cocotiers, Pont-Aven, scooter.
Votre équipe est composée de dix personnes, naviguant sur plusieurs blogs. Monsieur L. devra
chercher dans tous les blogs les éléments qui lui permettront de reconstituer le message secret qui lui est
adressé.
Si vous-même ou une personne de votre équipe venait à être découverte ou capturée, nous nierons avoir eu contact avec vous. Ce message s'auto publiera dans 30 secondes.
Je vais donc essayer de m'acquitter de ma tâche, en espérant vraiment que nous arriverons, à nous tous, à faire réagir ce monsieur très
très discret depuis quelques temps.
Trop longtemps.
Sujet n° 2
Il était une fois, au larges des plages de Sydney, un requin pas comme les autres, qui
s'appelait Gauguin. C'était un requin bizarre, car il aimait s'asseoir à son pupitre pour y dessiner pendant des heures. Ce qui passait mal auprès des autres requins, pour qui l'occupation majeure consistait à aller croquer les jambes de
quelque Australien en quête d'adrénaline.
"Mais viens, viens donc t'éclater avec nous", lui disaient-ils. Mais non, rien à faire, Gauguin restait là, bien sagement, à dessiner.
Et que peignait-il ? Point d'humains bien en chair, ou de membres sanguinolents ! Non, des fars bretons et des galettes ! Car notre héros avait en outre
la curieuse lubie de visiter les côtes bretonnes, ayant lu tout un tas de livres sur les artistes de Pont-Aven, dont il enviait le génie. Oh, certes il
était plutôt doué lui-même, mais son talent restait limité du fait qu'il était un requin, déjà (et je ne sais pas si vous avez déjà essayé de peindre avec une nageoire, mais c'est très, très
difficile, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la plupart des requins ne peignent pas), et puis aussi, parce que sa palette étant réduite au bleu, il se lassait un peu de la couleur de ses toiles... "Ah que n'ai-je la possibilité de me transformer en
homme", soupirait-il souvent à la pleine lune. Or, un soir, celle-ci étant de bonne disposition, et étant un peu artiste à ses heures elle-aussi (qui n'a jamais considéré un clair de lune comme
un petit chef d'œuvre ?) bref, la lune, disions-nous, décida d'accorder à Gauguin son plus cher souhait. "Mais, lui dit-elle, tu devras impérativement enfiler un ciré aux premières gouttes de pluie, sous peine de te retransformer à nouveau en requin, et de façon définitive, cette fois". Et voilà notre compère, ravi,
métamorphosé en jeune homme. Enfin, il peut peindre avec du rouge, du jaune, du vert. Les couleurs éclatent sur sa toile, il est heureux. D'autant que ses pérégrinations l'ont mené dans des
endroits magnifiques. Et finalement, dans ce Pont-Aven mythique qui l'avait tant fait rêver... Mais une fois en Bretagne, notre jeune peintre, terrifié à l'idée que la moindre petite goutte de
pluie ne ruine son bonheur parfait, se trouva affligé d'une profonde dépression, confiné qu'il était, à ne pouvoir mettre le nez dehors. Un jour où un ami lui avait prêté un scooter, pour qu'il puisse gagner un orage de vitesse et rentrer se mettre à l'abri, il vit une goutte d'eau
osciller au bord de son large chapeau. Paralysé par la peur, il se jura que si la goutte ne l'atteignait pas, il quitterait ces lieux maudits et partirait vivre dans les contrées lointaines, sous
les cocotiers.
La goutte hésita, vacilla... pour aller finalement se perdre dans les replis de son ciré.
Alors Gauguin se rendit vite, très vite dans les plus belles des îles.
Et on raconte qu'il y est toujours...
FIN
Liste des participants à l'opération :
Adèle
BBKmel
Cathy
David
Michele/Laurence
Naturella
régis : invité sur le blog de BBKmel
Rosa
Sylla
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